" Etre anesthésiste, c'est apaiser la peur, prévenir la douleur et préserver la vie "

Diagnostic et prise en charge des réactions d’hypersensibilité immédiate périopératoires

Recommandations Formalisées d’Experts (RFE)
Date :
04/03/2025

🟥 Réactions d’hypersensibilité immédiate périopératoires

Diagnostic et prise en charge – selon les recos SFAR / SFA 2025

1️⃣ Définition et enjeux

  • Les réactions d’hypersensibilité immédiate (HSI) périopératoires sont :

    • rares,

    • imprévisibles,

    • mais potentiellement graves voire mortelles.

  • Elles surviennent en général :

    • dans les minutes suivant l’exposition,

    • au plus tard dans les 6 heures.

  • Elles peuvent être :

    • allergiques (mécanisme immunitaire adaptatif),

    • ou non allergiques (immunité innée, libération directe de médiateurs).

👉 Le terme anaphylaxie désigne les formes systémiques, rapidement évolutives, indépendamment du mécanisme.

2️⃣ Épidémiologie – ce qu’il faut retenir

  • Incidence globale estimée :

    • 1 réaction pour 10 000 anesthésies.

  • Mortalité rapportée :

    • jusqu’à 4 % selon les séries.

  • Principaux agents responsables en France :

    1. Curares (1ʳᵉ cause)

      • suxaméthonium

      • rocuronium
        → cisatracurium = risque le plus faible

    2. Antibiotiques

      • céfazoline en tête

    3. Bleu patenté

    4. Latex (en nette diminution)

👉 Les réactions croisées entre curares sont fréquentes et imprévisibles.

3️⃣ Physiopathologie (à comprendre)

🔹 Réactions allergiques

  • Nécessitent une sensibilisation préalable.

  • Impliquent :

    • IgE spécifiques (le plus souvent),

    • parfois IgG.

  • Activation des mastocytes/basophiles →

    • libération d’histamine, tryptase, médiateurs lipidiques.

  • Risque élevé de récidive à la réexposition.

  • Éviction définitive de l’agent causal.

🔹 Réactions non allergiques

  • Pas de sensibilisation préalable nécessaire.

  • Activation directe :

    • mastocytes (ex : récepteur MRGPRX2),

    • complément,

    • phase contact.

  • Pas toujours récidivantes.

  • Réutilisation possible sous conditions :

    • injection lente,

    • dose réduite,

    • prémédication éventuelle.

4️⃣ Diagnostic peropératoire : message clé SFAR

  • Aucun signe n’est pathognomonique.

  • Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments :

    • signes cutanés (urticaire, angiœdème),

    • signes respiratoires (bronchospasme, désaturation),

    • signes cardiovasculaires (hypotension, collapsus, arrêt).

  • Le contexte temporel est fondamental :

    • délai entre l’injection et les symptômes.

👉 Au moindre doute, le patient doit être adressé en consultation d’allergo-anesthésie, même si la réaction est peu sévère.

5️⃣ Scores diagnostiques (ISPAR)

  • Le score ISPAR existe mais :

    • ne doit pas remplacer la suspicion clinique.

  • En France :

    • l’accès aux explorations allergologiques justifie

    • d’explorer toute réaction cliniquement compatible.

✔ Recommandation SFAR (GRADE 2, accord fort) :

Se fonder sur la clinique plutôt que sur un score pour adresser le patient.

6️⃣ Bilan biologique en phase aiguë

🔬 Tryptase

  • À doser systématiquement :

    • T0 : dès que possible après la réaction,

    • T1 : entre 1 et 2 heures,

    • T basale à distance.

  • Une élévation confirme :

    • une activation mastocytaire,

    • mais n’élimine pas une HSI si normale.

🔬 Histamine

  • Intérêt plus limité :

    • demi-vie courte,

    • contraintes pré-analytiques importantes.

7️⃣ Bilan allergologique à distance

  • Réalisé dans un centre spécialisé.

  • Comprend :

    • interrogatoire détaillé,

    • tests cutanés (si possibles),

    • IgE spécifiques ciblées,

    • parfois test d’activation des basophiles.

  • ❌ Tests de provocation aux anesthésiques :

    • non recommandés en routine.

👉 Un bilan négatif n’exclut pas totalement un risque de récidive.

8️⃣ Facteurs de risque : ce qui est (et n’est pas) vrai

  • Atopie : PAS un facteur de risque d’allergie médicamenteuse.

  • ⚠️ Mastocytose / SAMA / alpha-tryptasémie héréditaire :

    • risque accru d’HSI.

  • ❌ Bilan allergologique systématique chez un patient asymptomatique :

    • non recommandé.

  • Pholcodine :

    • associée à une sensibilisation aux curares,

    • mais pas de modification systématique de la stratégie anesthésique recommandée.

9️⃣ Conduite à tenir en urgence (HSI peropératoire)

🟥 Traitement de base (prioritaire)

  • Arrêt de tout produits suspect

  • Adrénaline = traitement clé

    • réduit morbidité et mortalité.

  • Expansion volémique précoce.

  • Oxygénation + ventilation adaptée.

  • Surveillance étroite :

    • EtCO₂ (détection précoce),

    • hémodynamique continue.

🟧 En cas de choc réfractaire

  • Discussion de :

    • noradrénaline,

    • vasopressine,

    • bleu de méthylène,

    • glucagon (si β-bloquant),

    • ECLS dans les formes extrêmes.

🔟 Après la réaction

  • Orientation en unité de soins critiques recommandée.

  • Documentation écrite obligatoire :

    • compte rendu anesthésique détaillé,

    • carte d’allergie provisoire.

  • Adressage systématique en allergo-anesthésie.

  • Décision de report ou poursuite de la chirurgie :

    • dépend de la gravité et du contexte.

🎯 Messages clés :

  • Toute réaction compatible doit être explorée.

  • L’adrénaline sauve des vies.

  • La clinique prime sur les scores.

  • Un bilan allergologique conditionne la sécurité future.